Textes courts, essais

  toucheatout  2006-10-27 12:39  francophone  

Essais d'écriture ou écriture d'essais...

Le repas

Que Paris semble tranquille en cette fin de mois d'août... Quelques touristes, une chaleur écrasante, l'absence de tous les vacanciers d'été que l'on retrouve dans la télé, tapés par le soleil, brûlés par les méduses et rincés par des arnaqueurs de plage...

Enfin bon, tout n'est pas perdu pour bien entamer le week-end, car Piotr est un de ceux qui demeurent travailler et la perspective d'un bon restaurant pointe son nez de manière alléchante.

Enfin, après deux heures d'apéritif au thé agrémenté de moult joints, nous nous décidâmes de tenter la sortie. Malheureusement les fonctionnaires ne sont pas seuls à être en vacances, et nous atterissons dans un établissement d'une chaîne connue spécialisée dans la viande. Contrairement à ce que l'on aurait pu penser, repas excellent, viande très bonne, garniture abondante et saine... La bonne surprise ! Enfin, nos voisins de table du coin fumeur sont un couple de femmes discrètes et de charmants provinciaux, arborant une fille exquise et vivante.
La semaine avait été rude, et le sommeil rare. Assez vite la solide idylle naissante commença à se fissurer lorsque le roquet se mit à hurler après la petite fille qui s'amusait innocemment à consciencieusement éclater les ballons composant la déco du lieu. Les adultes eux s'occupaient, pendant que la tante éclusait leur carafe de rouge, la femme commandait avec brio son "jet27" à trente mètres de distance et le père s'occupait avec une profonde gravité de son nez.
Enfin, après quelques remarques avinées à la fille et un muselage de son fauve à main nue par la mère, le tumulte s'est progressivement tu... Jusqu'à quelques secondes plus tard, la fille se plaignant à son père que j'avais de mauvais yeux... J'en profitais pour la fixer brièvement sans complaisance et jeter un coup d'oeil au père, qui apparemment n'avait cure de rien. Nous poursuivîmes notre repas, et après de menues péripéties que l'on classerait indignes du bon chic parisien (voire en plein dans le malpoli) nos voisins finirent par se retirer lourdement.

L'ambiance devint triste.

La réunion

Lundi. La belle semaine s'annonce, assez chargée et pleine de promesses. Arrivée au bureau, bazar du lundi matin et annonce de la fameuse "réunion du lundi" en fin de matinée. On se met aux mails urgents, on prépare un bout de speech, un point que l'on veut mettre en avant, une priorité naissante. A onze heures trente toujours rien, on apprend que le rendu schmolldu passe avant tout, et la réunion se déplace sur le début d'après-midi... Parfait, on peut bricoler, manger tranquille. Et au retour, à l'attaque !
Après de folles aventures au parc où l'on a englouti un sandwich en devisant de politique européenne, on revient, fourbi nos notes et on apprend que Mr le directeur Ciment étant sorti urgemment pour un rendez-vous client qu'il n'avait annoncé à personne, la réunion est repoussée... Bon, on se console, on échange vite fait sur les points qu'on aurait aimé souligner, on lance les problèmes immédiats à la cantonade, et on remet ça au lendemain.
Mardi. Tout le monde arrive en ordre dispersé, on se met à la lecture des mails, on cherche à savoir ce qu'il advient de la réunion. Verdict : deux des associés sont en rendez-vous client, on repousse à l'après-midi. Comme certains mangent vers midi et d'autres 15 heures, on ne trouve que le moyen de se dire en fin d'aprèm que c'est chaud, on est un peu fatigué et on remet, pas à demain car le chef de projet reçoit un client le matin et que l'aprèm c'est formation client, mais jeudi. Evidemment deux jours passent et on se pose la question sur le coup des 17 heures... On est mercredi ou jeudi ? jeudi ? Ah merde, on avait réunion je crois... Bah laisse tomber de toute façon les boss ont pas l'air ni de s'en souvenir, ni d'en avoir envie et de tout' je suis aussi charette qu'eux pour demain... Ok bon ben on essaie de se faire un petit point demain alors ? Ok ça roule parfait. Le lendemain évidemment coup d'urgence, trucs sur la todo list de la semaine pas aussi simples qu'on l'avait présumé traînage de pieds... Bon on va pas s'énerver avant le Ouikène pour que ça donne pas grand chose. Et en plus on aura un point du lundi juste derrière, ce n'est donc pas bien grave.

C'est un peu dommage, mais cela fait après tout, en y réfléchissant mieux, trois mois qu'on l'annonce, qu'on la prépare et qu'on la repousse cette "réunion du lundi". On a appris à faire sans, mais promis la semaine prochaine c'est la bonne...

L'embauche

Depuis un départ précipité d'une entreprise étouffante, Ned avait passé deux semaines dans le vague, entre une resocialisation abusive et une recherche de nouveau gagne-pain. Cette matinée s'annonçait sous les meilleurs auspices. Il n'était pas encore quinze heures et les nuages masquaient un soleil perturbateur.
Ned se retourna dans sont lit et referma les yeux, cherchant à se remémorer les épisodes précédents. Il était parti en tournée avec ses compagnons de l'un chez l'autre, en passant par un club enfumé. Les détails étaient brumeux, mais il se remémorait une pulpeuse blonde et repassait dans sa mémoire les souvenirs de sa dance lascive. Il savait bien qu'il devait en inventer la majeure partie, et qu'il ne saurait reconnaître la déesse de son souvenir. Ce souvenir pouvait même être fort laid, après tout dans la pénombre il n'avait pas vraiment pu voir son visage et n'avait par ailleurs pas consacré beaucoup d'effort à cet exercice...

Ce fût le moment choisi par son téléphone de le tirer des embarassantes questions qu'ils se posait sur la subjectivité d'une opinion et la relativité induite par la d'alcool sur les jugements. Ce qui le menait droit sur ses considérations habituelles sur l'éphémère de l'existence et la fragilité d'une destinée.
- "Allo" marmonna-t-il dans le combiné.
- "Bonjour, Hermann Jager ; Gutman und Arlasch GmbH"
Damned ! pensa-t-il, ces teutons que j'avais contacté un peu par hasard, pour faire plaisir à ma conseillère en emploi...



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